Atorgael, grand druide au maintien fier n’attendit pas de s’être entièrement tourné vers moi pour débuter son oracle. J’avoue aujourd’hui ne pas avoir porté toute l’attention qu’il aurait été souhaitable à son discours, préférant contempler le triangle grisâtre formé, sous son nez camus, par son abondante barbe. Elle n’avait d’ailleurs pas à rougir de ses concurrentes naines car y logeaient dans un flamboyant capharnaüm gras, divers restes de charcuterie et ce que je crus être un lacet.
Ce ne fût que lorsque ce dernier goba un petit morceau de lard que je compris le ridicule de ma méprise. Cette lanière de cuir était en fait un animal, vulgaire petit serpent élevé au rang de familier.
C’est à cet instant précis que la plus grandiose des actions stupides ponctuant ma courte existence décida de mettre son plan machiavélique à exécution.
Que cela soit dû à ma haine des reptiles, vieille chimère surgie de mon enfance, à l’odeur âcre et nauséabonde de goudron fondu qui s’échappait de l’unique brasero de la pièce, ou encore des deux, je ne le sais. Quoiqu’il en soit, la partie était jouée. Tel le pachyderme moyen qui incapable de se contrôler se met à charger le gentil chasseur, en barrissant à qui mieux mieux, je lançais mon poing en direction de cet animal à sang froid et réussissais à l’éviter.
Mais point son propriétaire dont l’appendice nasal se trouva fort raccourci.
Les souvenirs sont joueurs car, si je me rappelle très nettement que sous l’effet du choc, une partie de la garniture de sa barbe tomba doucement par terre, tel un pétale qu’on lâche, il n’en est pas de même pour les propos hystériques tenus alors par Atorgael.
Il me semble qu’ils avaient pour sujet la patrie des lourdeaux, mais aussi mon intelligence qui ne dépassait pas celle de l’écorce d’un tilleul.
Je crois même, brillante originalité, qu’il m’a maudit, prédisant que mon prochain baiser coïnciderait avec ma dernière journée de vie… ou quelque chose comme cela.
Mais bon, qui prendrait au sérieux la malédiction d’un druide ?