Tristesse :
L'homme restait là, sans mot dire, les yeux rivés sur ce qui n'était plus qu'un amas de ruines fumantes.
Une vie de labeur, une histoire s'était achevée en un tas de cendres s'envolant au gré du vent.
Il ne pouvait retenir les larmes et elles s'écrasaient les unes après les autres sur le sol calciné.
Sa détresse le terrassait, les souvenirs l'assaillaient de toutes part et il s'effondra le parvis brisé comme l'était son âme.
Ses bras tremblaient et sa bouche n'arrivait pas à sortir d'autres sons que les sanglots d'un homme anéanti.
Sur le sol noirci, il se relevait et ouvrit ses mains devant son regard vide.
Ses mains qui avaient tant aimé, serrés femme et enfants aujourd’hui cendres et ossements...
Son regard se perdit dans les décombres de sa demeure détruite...
Dans la fraîcheur d'une nuit noire où seules des braises tenaces s'accrochaient à subsister, un homme disparaissait.
Regret :
Ses pas le faisaient aller et venir, ainsi que son esprit torturé. Taraudant un homme déjà assaillit par le remord et une tristesse infinie, ses souvenirs lui rappelait ce qu’il venait de perdre.
Il entendait les voix et rires de ses enfants, revoyait la beauté printanière de sa femme le matin de son départ, les promesses d’un prompt retour...
Vagues après vagues les réminiscences se succédait dans le sombre dessein de lui faire perdre raison. Amer, les bras enserrant sa tête, il déambulait dans les méandres fumants de son ancienne demeure.
Pourquoi n’avait-il pas été plus vite? Pourquoi les siens et non ses voisins? Pourquoi la vie était-elle aussi injuste?
Tout aurait pu être différent à peu de chose près...
Si peu de chose...
Il chuta lourdement au sol serrant les dents.
Haine :
Un poing frappa le sol puis l’autre et encore... Il martelait ainsi la terre, un cri grondait en lui et finalement s’échappa de sa gorge meurtrie par les pleurs. Le ciel sembla tressaillir sous le hurlement de colère et de dégoût.
Il se releva levant le poing vers les cieux tourmentés. La violence rejaillit et la mort fut de la partie.
Proférant parjures, insultes et menaces lourdes de conséquences il se jeta dans les ténèbres glacées de la nuit. Frappant au hasard arbres et branchages, déchargeant sa colère au gré des lames haineuse engloutissant son âme déchirée par la peine.
Le souffle court, il s’arrêta et les larmes inondèrent son visage soudainement.
Le sang coulait de ses mains, de nombreuses et profondes entailles lui parcouraient les bras.
La douleur, aussi forte soit-elle, n’avait pas sa place désormais... Il n’y avait plus en son cœur démantelé que la vengeance, une vengeance aussi rouge que celle de son sang qui s’écoulait.
Il ne pouvait que réussir car il ne pourraient jamais le tuer, il était déjà mort.