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Auteur Sujet: [EX#03] Beauté silencieuse - Lothar  (Lu 1314 fois)

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Lothar

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[EX#03] Beauté silencieuse - Lothar
« le: 04 Mai 2008 à 12:41:12 »

Elle se dresse encore, fière et amère, sous le regard des badauds. Elle sait que bientôt ce sera la fin, que les barbares déicides vont achever leur œuvre de destruction, entamée des siècles plus tôt. Sans autre recours elle se plonge dans les souvenirs d’une époque lointaine pour trouver la force d’affronter son martyr.

Les souvenirs de sa naissance sont brumeux. Elle se rappelle l’amour de l’artisan pour son œuvre, son application et son dévouement. Elle est née du métal et des croyances des hommes de son temps. Elle était l’image de la Déesse. Portée en triomphe par une foule en liesse, elle se souvient des larges portes du temple de Vénus qui s’ouvraient sur son passage. Elle se souvient des prières et des chants. Elle se souvient du piédestal d’or et de marbre sur lequel elle fut posée. Elle était devenue la Déesse. La femme originelle. La perfection.

Le temps s’écoule comme dans un songe, elle se rappelle les fêtes et les sacrifices en son nom. Elle se souvient des générations qui se succédèrent à ses pieds. Elle les reconnaissait comme ses enfants, et d’une certaine manière c’est grâce à ses bénédictions qu’ils voyaient le jour, à son bon vouloir qu’ils procréaient à leur tour. Elle était la mère, l’amante, l’épouse, la sage-femme et son pouvoir rythmait la vie de ses enfants de leur cri primitif au retour à la terre. Elle était crainte et respectée, aimée en secret, inspiratrice des passions des hommes et des femmes. Elle se souvient avec une pointe d’amusement des doigts tremblants et glacés des jeunes hommes sur sa peau de cuivre. Elle se souvient de centaines d’années de rires, de larmes, de prières et de naissances. Puis les barbares étaient venus.

Elle se souvient de la terreur des prêtres et du temple de Vénus, son temple, en flammes. Elle se souvient du prêtre supérieur et de ses disciples, la sueur au front et l’angoisse dans les yeux. Elle se souvient de la terre hâtivement jetée sur son corps pour lui éviter la découverte et la profanation, tandis que résonnaient le fracas des portes du temple et les cris de ses serviteurs mis à mort.

Le temps s’écoule comme dans un songe. Elle sent son pouvoir faiblir, à mesure que les croyances barbares triomphent et que son peuple l’oublie. Combien de temps s’écoule dans cette gangue glacée qui la préserve et l’emprisonne à la fois ? Elle se souvient de l’air frais, des cris et de la lumière. Elle revit la naissance sous le regard d’un vieil homme ému, un pinceau dans une main et une truelle dans l’autre. On la montre comme un objet issu de croyances dégénérées, on l’étudie d’un regard supérieur et pour finir, on l’expose au milieu de ce parc au vu de tous, telle une catin défraîchie. On ne lui rend plus aucun culte, à peine lui jette t-on un regard désapprobateur.

Des femelles fatiguées viennent promener leur progéniture lénifiée à ses pieds, décourageant tout regard sur ses appâts d’un aller-retour rageur. De vieilles biques décaties et fripées viennent promener leur canidé nain emmitouflé dans un gilet ridicule sous ses yeux divins, déposant leur offrande odorante à la base de son piédestal. Une haine sourde l’envahit, elle bout de son impuissance. Au temps où on croyait encore en elle, un seul regard de sa part et le prochain marbre sur lequel les stupides bestiaux auraient posé leur étron aurait été celui de la stèle de leur maîtresse. Au lieu de cela, la déesse païenne se sait promise au rebut, son destin étant d’être remplacée par la vulgaire statue d’un héros barbare. Il est là, bouffi de suffisance et frustre dans son costume trois pièces, attendant de prendre sa place au centre du parc public.

Des câbles d’acier sont passés autour de sa taille, de ses hanches et de sa poitrine. Les bourreaux s’en saisissent de leurs grosses mains gantées et s’unissent dans un effort commun pour l’arracher à son trône. Elle jette un regard désabusé à la foule qui assiste à son exécution. Les filins sous tension mordent sa peau, tracent des sillons dans son épiderme vert-de-gris, déchirent son dos, éventrent ses flancs généreux. Bien que la douleur soit insoutenable, elle est une déesse et ne pousse aucun cri, ni ne verse aucune larme qui pourraient ravir ses tortionnaires. Dans un dernier râle des soudards, le socle cède. Au cours de sa chute elle aperçoit sa cheville brisée et l’un de ses pieds encore encré sur le piédestal.

Son visage délicat heurte le sol, l’éborgnant et ravageant sa pommette droite. Tout cela n’a plus d’importance. Son ère est terminée. Les barbares n’ont plus besoin des dieux. Ils s’érigent eux-mêmes en conquérants. Elle sent encore des mains impies la saisir, la soulever sans ménagement et la jeter dans une remorque, puis elle s’enfonce dans l’oubli alors que la camionnette municipale prend le chemin de la fonderie toute proche.
IP archivée
Discussion entre 2 Capitaines Space Marines:
- "Hé, tu connais la différence entre un Halo de Fer et un Tampax?"
- Nan
- Ben le Halo c'est pour les trous du c**"

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Toi aussi, écoute de la bonne musique des 60's
http://chu65nang67.us/nam/vietnam.html

Approuvé par Lothar. Hell yeah
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