Je sais pas pour vous mais moi cette image elle m'a parlé.
j'avais plein de possibilité d'histoire, en voila une qui me plait bien.
Bonne lecture :
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Patron, un demi!
Je sens qu'il est temps pour moi de bouger.
Le problème résidant dans la façon dont je vais pouvoir le faire.
Je suis sorti ce soir comme souvent il m'arrive de le faire ces dernières semaines, il est plus facile parfois de sortir de chez soi que se retrouver confronter à sa réalité de tous les jours, surtout quand cette réalité ne colle pas à vos espérances. La solitude et l'ennui, voilà ce qui me pousse dehors.
J'ai une bonne situation, professionnellement, je ne manque de rien, le plasma géant au centre de mon salon de cent vingt mètres carrés, la grosse voiture rouge dans mon parking sont les derniers signes de ma réussite, à faire pâlir d'envie et de jalousie quelques personnes de mon entreprise.
Mais à quoi bon cet étalage, cette frime, si personne d'autre que moi ne peut en profiter.
Çà m'est apparu comme une évidence lors de l'enterrement de cet homme auquel j'ai assisté ce matin par hasard. Je revenais d'un rendez-vous avec un client quand je suis tombé sur la procession qui emmenait le corps vers sa dernière demeure, je ne sais pas pourquoi je suis descendu du taxi qui me ramenait et je les ai suivi.
Une foule de dizaines de gens suivait lentement le corbillard, j'entendais les gens parler de lui, rien que des louanges. Lui au moins avait du monde à ces funérailles, du monde pour le pleurer. Je ne sais pas qui était cet homme mais j'ai été triste.
Qui me pleurera moi, personne.
Ce soir ma solitude et moi sommes sorti boire un verre, le problème dans mon quartier c'est que tout est fermé après vingt heures.
Il a fallu que je prenne un bus pour arriver dans cette banlieue. Je ne sais même pas où je suis, je n'ai pas fait attention au numéro de bus. Ça va être coton pour rentrer.
Encore faut-il que je réussisse à sortir de ce bar.
J'ai bien vu tout à l'heure quand je suis entré que quelque chose n'était pas clair. Le patron n'avait pas l'air dans son assiette, il a cassé le verre qu'il était en train d'essuyer quand j'ai poussé la porte de son établissement, plus pâle que le torchon qui lui servait à cet exercice.
Sur le coup je n'y pas fais attention, tout occupé à mon auto apitoiement introspectif, j'ai commandé un demi et je suis allé m'asseoir sur la banquette du fond.
Trois autres verres ont suivi avant qu'un nouveau client entre, il est encore accoudé au comptoir ne sachant pas trop quoi faire en cet instant.
Encore deux verres et un petit homme au chapeau melon est entré, a poliment salué le patron et s'est installé sur la banquette pas loin de moi.
A son "Bonsoir monsieur" j'ai du répondre par un grommellement peu engageant. Il a demandé un café et a ouvert le journal du soir.
Le trio est entré un petit quart d'heure après, c'est avec eux que cette sale ambiance s'est installée, elle était déjà pas folichonne avec la retransmission d'un match de curling insipide et leur arrivée n'a pas amélioré les choses.
C'est le sportif au jogging sombre qui est entré en premier, il portait déjà son attirail de guerre et un grand sac, son acolyte à la casquette en arrière le suivait de près. Le dernier du trio arrivant tranquillement.
Passant entre ses comparses qui lui tenaient la porte, il a jeté un coup d'œil rapide dans le bar puis s'est dirigé vers moi, enfin c'est ainsi que j'ai vu la scène, bien qu'il ne me regarda à aucun moment, il regardait le petit homme au chapeau melon, d'ailleurs il s'est installé sur le fauteuil en face de lui.
Les deux autre l'ont suivi, le sportif a jeté son sac sur le sol découvrant ainsi une quantité de billet comme je n'en avais pas vu depuis longtemps l'homme assis vient de poser son arme sur la table et tous les trois me regardent.
Il est des moment où il est facile de perdre toute dignité, la mon pantalon et la banquette du bar vont s'en souvenir.
Je bredouille un vague " 'soir messieurs!" je me lève doucement, leurs regards sont toujours braqués sur moi, je les sens dans mon dos quand je me dirige le pas hésitant vers le patron pour régler mes consommations. "C'est pour moi.", me dit-il peu rassuré lui aussi.
J'arrive à la porte, l'autre client m'a emboîté le pas et sort avec moi. Nous nous regardons encore sous le choc.
"Vous voulez boire un verre?", me demande-t-il. Je lui répond "D'accord, mais chez moi alors, j'ai un grand écran, on pourra suivre la fin du curling."
Un taxi passe dans la rue, je le hèle et nous partons loin de ce bistrot dont je ne connais même pas le nom ni ne sais où il se trouve.
Je crois que je ne veux pas le savoir d'ailleurs.