Les forums du Sanctum

Merci de vous connecter ou de vous inscrire.

Connexion avec identifiant, mot de passe et durée de la session
Recherche avancée  
Pages: [1]   En bas

Auteur Sujet: Pistes  (Lu 751 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

SonOfKhaine

  • Plume confirmée
  • ****
  • Hors ligne Hors ligne
  • Messages: 464
  • Lui-même (en personne)
Pistes
« le: 23 Septembre 2009 à 16:23:07 »

Il était temps de poster quelque chose... ce début de récit date de mai, mais je l'ai retouché plusieurs fois, et surtout, je n'avais pas de titre, fait assez gênant pour poster.

Pour comprendre ledit titre, voici quelques pistes... hahahaha. Enfin bref. Pistes, comme dans une enquête. Car c'est l'histoire de recherches, même si ce n'est pas à proprement parler policier. Pistes, comme les chemins mouvants dans le désert. Pistes, comme sur un CD audio. Tout cela tient des trois à la fois. Enfin, des quatre, car l'anglais path aurait permis d'inclure le sens du chemin d'accès pour indiquer la localisation d'un fichier dans un disque-dur, le texte touchant aussi un peu à l'informatique.

Je ferai assez souvent référence à des morceaux ou des albums, dont je mettrai les liens deezer dans le texte, à vous de voir si ça ne vous coupe pas trop dans la lecture.

Bref, enjoy (ou pas, bien sûr).


Piste 1

Paris, 47 Boulevard Gouvion St-Cyr, 5ème étage. Samedi 14 Février 2009, 7h30.

   In your face. Children of Bodom. Death metal mélodique. Pas si mélodique que ça dans son intro à la basse sursaturée. Un moyen comme un autre, toutefois, de remplacer la sonnerie synthétique et stridente du réveil. Cela n'enlevait que peu aux difficultés physiques et psychologiques que comportait le fait de se lever si tôt un samedi matin, mais mieux valait cela que le terrible « bip bip bip »  pseudo-moderniste, ou que le « driiiing » archaïque. Mieux aussi qu'un concert de cloche de l'angélus – se préparer à trimer pour un patron séculier était déjà assez pénible en soi.
   Quoi qu'il en soit, il ne s'agissait pas réellement du meilleur moment pour disserter sur les diverses manières d'échapper aux brumes du sommeil. En fait, c'était plutôt celui de le faire, et rapidement. Couette rejetée, réveil arrêté, chaussons enfilés, volets ouverts, expresso lancé, grille-pain enclenché.
   Homme réveillé.

   Il prit le beurre et la confiture de prune dans le frigo, les ouvrit tous deux, sortit un couteau, puis une cuillère, avant de commencer, enfin, à touiller son café, sans penser à rien...
Enfin presque. Fichue réunion mensuelle du samedi matin. Peut-être que tout se passait mieux quand nul ne se souciait de son avis, quand il n'était qu'un ingénieur logistique de 23 ans, qui venait tout juste de finir ses études et de passer quelques mois à trouver un emploi. Peut-être aurait-il dû rester à Marseille au lieu d'aller s'aventurer ici. Peut-être que...
   Clang ! Les tranches autrefois moelleuses venaient de s'évader de la gueule ardente du monstre électroménager, qui les avait gratifié de longues stries noires, marques indélébiles de sa morsure d'acier rougeoyant. Le thermostat était resté dans sa position d'hier, alors qu'une vieille tranche de pain rassis y était enfournée. Les brioches avaient souffert, et le faisaient sentir à l'aide d'une odeur de goudron surchauffé.
   Soupirant, il s'empara du couteau planté dans le beurre demi-sel et gratta méthodiquement la surface cancérigène, des deux côtés de la paire de tranches. Pas question d'avaler plus de brûlé que nécessaire, mais il n'allait pas pour autant sacrifier quoi que ce soit de comestible.

   Ceci fini, il se prépara à étaler un peu de matière grasse, afin de permettre à la confiture de tenir ensuite. Il se ravisa au dernier instant, essuya d'abord la lame encrassée de particules noires, puis tartina à la va-vite le beurre avant de faire pareil en ce qui concernait la couche suivante. Après avoir avalé une gorgée d'expresso encore un peu trop chaud, il s'attaqua à ses brioches.
   Il les dévora rapidement, puis en remit d'autres à griller, en prenant soin de baisser la chaleur de l'appareil. Son café étant enfin parvenu à la bonne, il en but une large moitié, à petites gorgées, puis regarda par la fenêtre. Le soleil émergeait sans trop se presser, enveloppé de nuages rouges. A travers la fenêtre qui donnait à l'est, il teintait le 20 m², ses murs blancs, et son vieux parquet ciré d'une lueur sanglante.
   Clang ! Nouvelle fournée de pain brioché, délicatement grillé cette fois-ci. Craquant sur le dessus, moelleux à l'intérieur. Le couteau accomplit une fois de plus le rituel de tartinage en deux parties, sur les deux tranches. Celles-ci finirent dans l'oesophage, chutant dans les ténèbres à trente-sept degrés Celsius, accompagnées d'un fond d'expresso ayant à peu près la même couleur et la même température. Le trentenaire se leva pour aller vers la salle de bains.

   Messa da requiem, interprétée par le Chicago Symphony Orchestra. Il se déshabilla et fit coulisser la porte de la douche, avant d'y entrer et de la refermer. D'une main, il poussa le thermostat jusqu'au cran de sécurité; de l'autre, il fit jaillir l'eau froide du combiné pour lui laisser le temps de chauffer. Attendant pour cela que la chaleur soit acceptable, il s'aspergea la tête, puis se shampouina vigoureusement. Les yeux à moitié rouverts, il remit de la pression afin de se rincer les cheveux, ainsi que de se mouiller le reste du corps.
   Alors qu'il finissait de s'enduire de savon de Marseille, les premières notes du Dies Irae retentirent. Bien que n'étant pas un grand connaisseur de musique classique, il fut submergé par la puissance qui se dégageait du morceau, à peu près autant que par le flot qui jaillit du combiné. Propre de haut en bas, il ressortit de la douche et enfila son peignoir, puis il couvrit son crâne dégoulinant d'une serviette. Après s'être frotté un peu partout, il brancha son sèche-cheveux, dont le bruit l'empêcha d'entendre véritablement le final énergique du Liber scriptus.
   Encore très légèrement humide, il mit ses chaussons, arrêta la lecture en plein milieu d'une quelconque partie sans trop s'inquiéter de savoir laquelle, sortit de la salle de bain et alla s'habiller. Chemise blanche, costume gris, cravate bleu sombre. Enfin, il repassa devant le miroir pour peigner ses cheveux bruns, qu'il portait toujours courts, et son bouc. Il en profita pour s'inspecter rapidement : plutôt musclé, visage carré, sourcils épais, assez petit, grand nez... Au final, ce n'était pas vraiment si étonnant que cela qu'il soit toujours célibataire. Il faudrait peut-être qu'il songe à changer quelque chose, mais quoi ?

   Pour le moment, il était temps d'aller à cette damnée réunion.



P.S. : Pour les acharnés qui tiennent à se donner des pistes pour se triturer le cerveau et déboucher sur un spoiler, le concept est inspiré d'au moins une de mes participations aux challenges.
« Modifié: 08 Mars 2012 à 03:43:25 par SonOfKhaine »
IP archivée

Linuial

  • Plume confirmée
  • ****
  • Hors ligne Hors ligne
  • Messages: 242
  • Toujours sur la route...
Re : Pistes
« Réponse #1 le: 23 Septembre 2009 à 16:52:52 »

Excellent, bon rythme. Le ton est agréable. L'intro a mon coup de coeur ainsi que le passage du grille-pain.

La chute clos à merveille le récit.

Peut-être des répétitions ça et là qui gènent le rythme parfois mais pas grand chose.

Well done.
IP archivée
Ne craignons pas d'être lents mais immobiles

pouanais

  • Plume discrète
  • ***
  • Hors ligne Hors ligne
  • Messages: 53
Re : Pistes
« Réponse #2 le: 25 Septembre 2009 à 11:43:15 »

très bon texte  ;D
ça sent presque le vécu (à part que je ne pense pas que tu sois ingénieur logistique, ni trentenaire!)

au fait je crois que tu as oublié un mot : Son café étant enfin parvenu à la bonne température, il en but une large moitié

marrant comme on peut réussir à rendre intéressant un banal lever+petit dej+douche  :D
IP archivée

Lothar

  • Plume confirmée
  • ****
  • Hors ligne Hors ligne
  • Messages: 291
  • Damn I'm Short!
Re : Pistes
« Réponse #3 le: 25 Septembre 2009 à 15:26:13 »

C'est un texte globalement plaisant. Pourquoi? Parce que les habitudes c'est rassurant et que les petis plaisirs c'est toujours efficace.

Ce genre de textes marche bien en général, parce que tout le monde peut s'y retrouver finalement. De bons chanteurs s'y sont déjà essayé, par exemple Claude François (Ah, non, Comme d'Habitude c'était une reprise), Vincent Delerm (sponsorisé par Ikea), Joe Dassin, Didier Super...
IP archivée
Discussion entre 2 Capitaines Space Marines:
- "Hé, tu connais la différence entre un Halo de Fer et un Tampax?"
- Nan
- Ben le Halo c'est pour les trous du c**"

**************************************************

Toi aussi, écoute de la bonne musique des 60's
http://chu65nang67.us/nam/vietnam.html

Approuvé par Lothar. Hell yeah
Pages: [1]   En haut